Crise en pologne : l'or, une solution risquée pour financer la défense ?
Varsovie cherche désespérément des fonds pour renforcer ses capacités militaires, mais la solution envisagée – la vente de réserves d'or nationales – soulève des questions économiques et politiques majeures.
La guerre en Ukraine a accéléré une tendance inquiétante : la hausse du budget mondial de la défense. En 2025, il a atteint 2,63 billions de dollars, soit une augmentation de 2,5% par rapport à l'année précédente. Cette dynamique est particulièrement palpable en Europe, où la Pologne est devenue un acteur majeur de cette montée en puissance. Mais comment financer cette expansion militaire ? Une idée audacieuse, et potentiellement problématique, émerge pour répondre à ce défi.
Pologne : un recours inédit aux réserves d'or
Face à une pression
croissante, notamment de la part des États-Unis qui exhortent ses alliés de l'OTAN à augmenter leurs dépenses à 5% du PIB, la Pologne envisage de vendre une partie de ses réserves d'or. Le ministre des Finances, Adam Glapiński, a proposé de liquider environ 11,215 millions d'euros d'or, estimant la valeur totale de ses réserves à 80 milliards d'euros. Cette mesure, d’un montant de 14,019 millions d'euros combinée à d'autres sources, pourrait permettre de financer des projets d'armement.Le contexte économique du pays est préoccupant. Le déficit fiscal et la dette publique devraient atteindre respectivement 7% et 59% du PIB en 2025, selon les prévisions du Fonds Monétaire International. Les critiques fusent, notamment de la part du président polonais, Andrzej Duda, qui hésite à approuver la vente d'or, préférant s'en tenir au programme européen de Sécurité et de cohésion en Europe (SAFE).
Duda s'oppose à l'opération
L’opposition du président se traduit par un désaccord plus large sur la façon dont la Pologne devrait financer son effort militaire. Alors que le gouvernement de Donald Tusk a fait de la participation au SAFE une priorité, le président Duda privilégie une approche plus autonome, privilégiant l'utilisation des réserves du banque centrale pour acquérir des équipements de défense. Cette divergence a provoqué des tensions au sein de l'exécutif, avec des critiques de la part du ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, qui insiste sur l'importance d'accepter les financements européens. Le gouvernement polonais a sollicité 43,7 milliards d'euros dans le cadre de ce programme.
La situation est compliquée par des contraintes légales. Le Banco Nacional de Polonia est interdit de financer directement le gouvernement. Même si la vente d'or est techniquement possible, les fonds issus de cette opération ne pourraient pas être utilisés pour couvrir le déficit budgétaire ou financer le dépenses de l'État, car ils seraient intégrés aux réserves du BCE.
L'espagne face à un défi similaire ?
L'Espagne, quant à elle, consacre environ 33,123 millions d'euros à sa défense, soit 2% du PIB, bien en deçà des 5% exigés par les États-Unis. Le pays possède 281 tonnes d'or, principalement détenues par la Banque d'Espagne, le BCE et des institutions étrangères. Une vente d'une partie de ces réserves, même si techniquement envisageable, se heurterait à des limitations légales similaires. Le gouvernement espagnol a déjà vendu une partie de ses réserves d'or dans les années 2000, mais la situation actuelle est différente.
Les chiffres sont clairs : la Pologne se lance dans une opération risquée pour financer sa modernisation militaire. Cette démarche, bien que motivée par des considérations de sécurité nationale, soulève des questions sur la pérennité des finances publiques et les limites de l'autonomie budgétaire. L'or comme solution miracle ? Une illusion, peut-être.
