Le pentagone mise sur emil michael pour calmer les tensions avec anthropic
Le Département de la Défense américain a désigné Emil Michael, figure controversée de la Silicon Valley, pour tenter de désamorcer le conflit entre le Pentagone et Anthropic, la société d'intelligence artificielle qui refuse de voir ses technologies utilisées pour des applications militaires.

Un négociateur aguerri face à un blocage technologique
La nomination de Michael, ancien sous-secrétaire à la Défense pour la Recherche et l'Ingénierie, intervient alors qu'Anthropic s'oppose fermement à l'intégration de son IA dans des systèmes d'armes autonomes et de surveillance de masse. Les discussions, actuellement au point mort, sont exacerbées par la décision du Pentagone de qualifier Anthropic de « risque pour la chaîne d'approvisionnement », une étiquette habituellement réservée aux adversaires étrangers.
Michael, connu pour ses méthodes négociatrices agressives lors de son passage chez Uber, avait déjà établi des relations avec de nombreuses entreprises technologiques pour encourager l'adoption de l'IA par l'armée. Toutefois, sa réputation sulfureuse, marquée par des allégations de mauvaise conduite en entreprise, ne lui facilite pas la tâche.
Son expérience chez Uber, où il a contribué à une croissance exponentielle de la société, s'est soldée par son renvoi du conseil d'administration suite à une enquête interne sur la culture d'entreprise. Il a notamment orchestré la fusion des opérations d'Uber en Chine avec Didi Chuxing, et le lancement d'UberMilitary.
L’intervention de Michael soulève des interrogations. Certains, comme Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, estiment que le Pentagone a besoin d'individus qui comprennent véritablement la technologie et sont prêts à travailler d'arrache-pied. Michael, ancien stagiaire chez Barack Obama et assistant spécial de Robert Gates, possède un réseau étendu à Washington.
Mais sa propre trajectoire politique est loin d'être sans équivoque. Ses dons ont bénéficié à la fois à Hillary Clinton et, plus récemment, à MAGA Inc., le super-PAC de Donald Trump. Cette ambivalence pourrait compliquer sa mission délicate.
Le blocage actuel illustre plus largement le défi que représente la régulation de l'intelligence artificielle à l'échelle mondiale. Le Pentagone cherche à exploiter le potentiel de l'IA pour maintenir son avantage stratégique, tandis qu'Anthropic défend une vision plus prudente et éthique de cette technologie, une vision qui semble difficile à concilier avec les ambitions militaires.
La question n'est plus de savoir si l'IA va transformer la guerre, mais comment éviter qu'elle n'en dénature les fondements.
