Ingénierie : le défi de l'égalité, 60 ans après
À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une figure emblématique de l'ingénierie espagnole, María Cruz Díaz, se confie sur les avancées, mais aussi sur les persistants obstacles, pour les femmes dans un domaine traditionnellement masculin.
Elle a été l'une des rares à intégrer les bancs d'une faculté d'ingénierie dans les années 1960, une époque où les femmes étaient une minorité écrasante. « Il n'y avait pas même de toilettes adaptées pour nous », se souvient-elle avec une pointe d'amertume. Pourtant, cette ancienne étudiante en génie agronomique de l'Université Polytechnique de Madrid, la première de sa famille à poursuivre des études supérieures, a toujours été animée par un intérêt pour les mathématiques et la physique. Son parcours, marqué par des notes parfois mitigées, témoigne d'une persévérance qui a permis de briser les barrières.
Un combat pour la reconnaissance et la visibilité
Aujourd'hui présidente de l'Institut des Ingénieurs d'Espagne (IIE), María Cruz Díaz s'inquiète du déclin des vocations féminines dans le domaine. « Le talent mathématique n'est pas spécifique à un genre, mais les jeunes filles développent souvent plus tôt une peur des mathématiques, influencée par leur environnement familial, social ou scolaire. » Elle insiste sur la nécessité d'un travail avec les enseignants et les écoles pour encourager les filles dès le plus jeune âge et de mettre en avant des figures féminines inspirantes. Elle cite Hedy Lamarr, actrice et inventrice qui a contribué au développement du wifi et du Bluetooth, comme un exemple éloquent de la capacité des femmes à exceller dans l'ingénierie tout en menant une carrière artistique.
Mais la route est encore longue. Si le pourcentage de femmes ingénieures en Espagne a augmenté, passant à environ 20 %, seulement 8 % occupent des postes de direction. « Des obstacles structurels persistent, notamment en termes de conciliation vie professionnelle/vie personnelle. » María Cruz Díaz reconnaît que les femmes ayant accédé à des postes de responsabilité ont souvent bénéficié d'un soutien familial et financier conséquent. Elle souligne le rôle crucial de son mari, lui-même mathématicien et fervent défenseur de l'égalité, dans son parcours.
L'ingénierie, souvent invisible dans le quotidien, est pourtant au cœur de notre société. « On ne voit pas l'ingénierie parce qu'elle est partout. De la machine à laver au système d'approvisionnement en eau, en passant par les hôpitaux modernes, l'ingénierie transforme notre vie quotidienne. » Son ambition est claire : rendre cette profession plus visible et susciter l'intérêt des jeunes générations.
Concernant l'intelligence artificielle, María Cruz Díaz la considère comme un outil puissant, mais subordonné au jugement humain. « L'IA peut traiter des données à grande vitesse, mais la décision finale reste entre les mains de l'ingénieur. » Elle ne voit pas l'IA comme un remplaçant de l'ingénieur, mais comme un amplificateur de ses capacités. Son souhait pour l'avenir ? Voir plus d'ingénieures, conscientes de l'histoire et des défis relevés par leurs aînées. L'ingénierie ne pourra pleinement progresser qu'en mobilisant tout le potentiel humain, et non seulement la moitié.
Alors que l'intelligence artificielle transforme notre monde, l'ingénierie, pilier de cette révolution, doit s'ouvrir davantage aux femmes. Ce n'est pas seulement une question d'égalité, mais de progrès collectif.
