Merlin properties : le géant immobilier se relance dans l'ia avec une levée de fonds record
Après seulement deux semaines
de l'annonce de son plan ambitieux « De Mega à Giga » pour les centres de données d'intelligence artificielle (IA), Merlin Properties a réalisé une première augmentation de capital rapide de 700 millions d'euros. Cette opération, menée en bourse, s'est concrétisée en pleine incertitude géopolitique, alors que la guerre en Iran continue de secouer les marchés. Le succès de cette levée de fonds, soutenue par les actionnaires clés, marque un tournant majeur pour le groupe.
Merlin properties : un pari audacieux sur l'avenir de l'ia
La société immobilière, dirigée par Ismael Clemente, se transforme radicalement. Elle quitte progressivement le marché des bureaux, des locaux commerciaux et des entrepôts pour devenir un acteur majeur des infrastructures dédiées à l'IA, notamment les data centers et l'énergie qui les alimentent. Ce n'est pas une nouvelle orientation, bien sûr. Merlin avait déjà établi un partenariat avec Edge, filiale d'Endeavour, il y a près de cinq ans, avec pour objectif de créer la « Diagonal Digital Ibérica » – un écosystème de centres de données stratégiquement positionnés comme nœuds de connectivité entre l'Europe, l'Amérique et l'Afrique.
Nortia, le holding du magnat du jeu Manuel Lao, et Santander ont pris des engagements de souscription irrévocables pour leurs participations respectives de 8,5% et 24,5% du capital. La banque, sous la présidence d'Ana Botín, a joué un rôle triple : investisseur, colocateur et assureur de la transaction. Cette assurance a permis à Merlin de réussir sa sortie en bourse, visant à lever les 460 millions d'euros restants nécessaires à la troisième phase de son plan.
L'entreprise se positionne face à des concurrents de taille tels qu'AWS (Amazon), Blackstone et ACS, qui domine le marché américain avec sa filiale Turner, cliente de Meta. Merlin affirme détenir une avance de 20 mois sur ses concurrents, avec un déploiement de centres de données 15 mois plus rapide que la moyenne du secteur. Selon les estimations internes, la puissance des data centers espagnols passera de 314 MW en 2025 à 2 166 MW en 2030. Cette croissance stratégique se traduit par une transformation de la structure des revenus : les centres de données devraient représenter 65% du chiffre d'affaires d'ici cinq ans, contre 6% initialement.
Le plan d'investissement total s'élève à environ 7 840 millions d'euros pour les trois premières phases, avec des revenus bruts annuels prévisionnels de 1 150 millions d'euros. Mais l'ambition de Merlin ne s'arrête pas là. La société prévoit une quatrième phase, avec la construction d'un « mégacampus » de données en Navalmoral de la Mata (Extremadura), pour un investissement potentiel de 15 000 millions d'euros. Ce projet s'appuie sur les potentiels énergétiques des comarcas d'Arañuelo et d'Almaraz, où opèrent notamment Iberdrola, Eiffage et Naturgy.
La société a déjà réussi les qualifications de trois des quatre hyperscalers Tier-1 (Amazon, Meta, Google et Microsoft) et s'associe à des entreprises comme Nvidia, CoreWeave, Lambda, Crusoe et Nebius. La fabrication de l'équipement est assurée par des entreprises européennes et d'autres pays de l'OCDE. La rentabilité de ce pari est d'autant plus séduisante qu'elle se réalise dans un contexte économique complexe, marqué par la crise énergétique et la hausse des taux d'intérêt. Merlin, cependant, semble prêt à relever le défi. Ce n'est que le début d'une révolution qui va redéfinir le paysage immobilier.
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